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FANNY

Fanny Auger n’entre dans aucune case. Comme elle le dit elle même, elle se situe plutôt sur les chemins de traverse. C’est d’ailleurs en empruntant ces voies différentes qu’elle a importé le concept de The school of Life en France. Un ovni qui propose des conférences, des ateliers et des échanges autour de sujets qui, comme elle, sortent des sentiers battus, de ceux qu’on n’apprend pas forcément à l’école : la confiance en soi, la créativité, le rêve, l’amour… Des chemins qui l’ont aussi amenée à voyager, et qui lors d’un détour l’ont même poussée à écrire un livre, Trèves de bavardage. Retrouvons le goût de la conversation. Vous l’aurez compris, Fanny est pleine de surprises, à l’image de notre rencontre…

Vous avez une démarche pétillante, vous portez souvent des couleurs, on ressent une vraie joie de vivre à votre contact, vous avez toujours été comme ça ? 

Oui ! Pour aller à l’école déjà je faisais des pas chassés, je courrais… Je crois que c’est vraiment dans ma nature car depuis toute petite je suis de nature à sourire. J’ai toujours plein d’histoires, des idées, des choses à raconter, une curiosité sans répit, une imagination et une fantaisie sans limite. Et si je m’habille en couleurs c’est parce que je crois beaucoup à la psychologie des couleurs. Mettre de la couleur personnellement ça me donne de l’énergie !

Justement en parlant de vêtements, vous donnez des cours intitulés « dress for success », c’est important l’habit ?

Il y a une étude qui remonte aux années 1960 du docteur Albert Mehrabian. Elle porte sur la communication verbale et non verbale. Lorsqu’une personne délivre un message, seulement 7% provient des mots, 38% est du registre du vocal (intonation, voix) et 55% du visuel (expression du visage, langage corporel…)  C’est à dire que l’aspect visuel d’une personne va contribuer à hauteur de 55% dans l’impression laissée ! Et si je suis persuadée qu’il ne faut pas juger sur les apparences force est de constater que ce n’est pas notre manière de fonctionner. Notre apparence est un canal de communication c’est un fait, autant qu’elle soit le reflet de notre personnalité !

C’est de là que vous vient l’envie de travailler dans l’univers de la mode et du luxe ?

Si j’aime beaucoup la mode c’est surtout parce qu’elle dit beaucoup d’une époque. Même si aujourd’hui je pense qu’elle n’a plus grand chose à dire. Je rejoins complètement Lidewij Edelkoort lorsque dans une chronique pour Libération déplorait un secteur entièrement tourné vers la rentabilité et l’argent. On est dans une époque où on a jamais eu autant de liberté pour s’habiller, or on ne l’utilise pas du tout ! Il suffit d’observer un peu pour constater qu’aujourd’hui les femmes sont habillées de la même façon, et ça me terrifie.
Pour le luxe c’est autre chose, ce que j’apprécie c’est la capacité à prendre son temps. Ça reste un vrai bastion du luxe. C’est un des rares secteurs où on prend encore le temps de faire des belles choses, c’est d’autant plus visible dans une époque où il faut aller toujours plus vite.

Vous avez vécu dans de plusieurs pays notamment l’Italie et Dubaï, vous avez toujours eu envie de voyager ?

Je n’ai jamais posé l’expatriation comme un objectif de vie, en revanche depuis toute petite j’ai toujours eu ce sentiment que je ne rentrais pas dans les cases. J’applaudis toujours à contre-temps, je ne chante pas très juste, j’ai toujours eu l’impression d’être sur les chemins de traverse. C’est parfois amusant, mais ce n’est pas toujours facile. Lorsque j’ai décroché mon premier job, j’ai eu du mal à rentrer dans la case, surtout que sur le papier ils cherchaient des gens différents, créatifs avec un profil littéraire… Dans la réalité les process étaient nombreux et il fallait plutôt être docile… Mais ça n’a pas été une expérience totalement négative puisque j’ai rencontré ma meilleure amie ! J’ai tenu un an et sur un coup de tête je suis partie à Dubaï. J’avais besoin de changer d’air. Je n’avais jamais mis un pied au MoyenOrient, et je suis restée cinq années et demi là bas ! Professionnellement ça été un accélérateur important, c’est un monde qui fonctionne au mérite. Peu importe les diplômes, si les personnes travaillent et sont douées elles sont récompensées. Ça m’a donné énormément confiance en moi parce qu’on m’appréciait pour ce que j’étais, et non pour mon diplôme.

Parce que vous n’avez pas toujours eu confiance en vous ?

Pour ma part je crois fondamentalement que la confiance en soi est une compétence, sous entendu qu’elle s’apprend. Et c’est plutôt une bonne nouvelle ! Il faut arrêter de penser que c’est inné ou que ce serait un don à la naissance. Elle se travaille et fluctue en fonction des périodes de notre vie. Si professionnellement on rencontre un problème, on peut la perdre. Si on ne sait plus pourquoi on fait les choses, si on manque de sens dans ce qu’on fait ou qu’on ne croit plus en notre mission il y a des chances qu’on perde un peu confiance en soi. Mais se dire que ce n’est pas inéluctable c’est déjà la meilleure manière pour changer. Si aujourd’hui je suis plutôt confiante, cela n’a pas toujours été le cas et peut-être que ça ne sera pas toujours là. Ce n’est pas un acquis, ça fluctue et on passe par des phases 

Quand vous êtes partie pour Dubaï, vous avez changé de pays mais aussi de métier…

Je suis passée du marketing au retail mais tout s’apprend ! Avec un minimum de confiance, on y arrive. En France on a tendance à dire qu’il faut avoir fait telle ou telle chose, mais la vérité c’est qu’on s’en fout !  Si vous avez envie, si vous êtes convaincu que vous pouvez le faire alors il ne reste qu’à convaincre les autres !

Pourquoi avez-vous décidé de rentrer à Paris ?

De mes 20 à 30 ans j’ai essayé de rentrer dans des cases, chez Chalhoub (ndlr son employeur à Dubaï) j’ai pu rentrer dans les cases un peu à ma manière. A 30 ans j’avais un job de rêve, une vie de rêve, je gagnais extrêmement bien ma vie et ça m’a permis de m’affranchir. Alors de mes 30 à 40 ans j’ai tout déconstruit. J’ai démissionné et je suis rentrée en France. Aujourd’hui, je suis indépendante et je fais plein de choses mais surtout je fais ce que je veux ! Quand on me demande de faire une conférence sur le bonheur, je peux dire non. Je peux faire des conférences sur de nombreux sujets, mais jamais je ne me permettrai d’aller sur une estrade pour expliquer le bonheur en cinq leçons ! L’idée des conférences c’est d’ouvrir les portes, de suggérer et peut-être au détour d’une conversation, d’une citation ou d’un visuel aider les personnes à trouver leur voie, mais c’est à eux de travailler pour y arriver !

Justement, aujourd’hui vous semblez avoir trouvé votre voie, ça été simple ?

Pour ma part si je me nourris énormément de conversations, d’échanges, j’ai aussi besoin d’un sas de décompression pour me retrouver. C’est un vrai travail à faire, le weekend ou même en semaine je m’octroie un moment à moi toute seule. Sans parler de méditation et de yoga, mais juste prendre la pulsation et apprendre à se connaître. C’est le travail de toute une vie mais s’écouter, écouter son intuition. Je pense que c’est important de le rappeler. Lors d’un déplacement alors que je flânais dans les kiosques, j’ai observé que la majorité des titres traitait de sujets comme « posez-vous » « ressentez vos émotions » et je me suis profondément interrogée. On vit quand même dans un monde super malade, on doit aujourd’hui rappeler aux gens de s’écouter !

Justement si vous aviez un conseil pour nos lecteurs ? 

J’avoue ne pas toujours me sentir à l’aise pour donner des conseils, j’estime que les gens sont libres d’agir en fonction de leur propre jugement et désirs… Mais si je pouvais donner un conseil ce serait certainement d’écouter davantage. Les autres, le monde, sa petite voix intérieure… Il faut entendre les messages qu’on nous envoie, et ce même si ce n’est pas toujours plaisant. Je constate malheureusement que beaucoup de personnes ne savent plus écouter, dans les conversations ils ne sont pas réellement présents, or je pense qu’il y a urgence à entendre certains messages…

Texte : Justine Werbrouck
Photos : Guillaume Dassonville

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Trêve de bavardages, Fanny Auger, Kero, 2017
The school of Life
Son blog

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